Estelle (et Topiae) à la 10e Biennale Internationale Design

Acte 1 – Les designers rêvent-ils de moutons esthétiques ?

Première visite au pas de course de l’exposition. Entre le wiki-piano devenu fou, le bracelet connecté Pavlok qui sanctionne nos mauvais comportements par des vibrations, et le papier peint au motif moutons répété à l’infini http://www.thesheepmarket.com… le ton big-tech-anxious est donné ! Ma copine Isabelle Bats, artiste féministe belge, humanise et dynamite le cocktail de sa performance. Nostalgie des meubles en formica, des Danette en pots de 500g… elle enjoint les designers à ne pas négliger l’attachement des gens à ces petites choses triviales – voire vulgaires. Au fond, pour qui designe t-on ?

Acte 2 – Working promesse, raconte-moi des histoires

De l’avis général, cette biennale est bavarde et politique. Certains regrettent le peu d’objets tangibles (moi je regrette le style graphique très 80’ !). Il y a effectivement beaucoup à lire, mais aussi beaucoup à imaginer. Certains nous racontent des histoires dystopiques où l’informatique ubiquitaire et les machines mettent l’humain au pas. D’autres imaginent des chemins de résilience, si ce n’est de résistance, en revendiquant une singularité humaine créative, imparfaite, voire râleuse. Note au passage : l’origine du mot ‘sabotage’ pourrait venir des sabots qu’on traine en allant travailler à contrecoeur – voire qu’on coince dans une machine pour la mettre en panne !

Coup de coeur pour les f(r)ictions de la stalker zone, récits sonores où des anthropologues de 2200  commentent les fossiles de notre monde. Gobelet en plastique, pièce de monnaie, papier brouillon… passent ainsi au crible de leur analyse distanciée, nous piquant au passage de l’absurdité de nos modes de vie… Mention aussi pour la gueule de l’emploi, qui tourne en dérision les passages obligés du monde professionnel.

Et surtout, un grand bravo pour l’expo fork the world, qui apprivoise un peu les fameux tiers-lieux sans en lisser la diversité. Puisqu’un tiers lieu «ne se définit pas par ce qu’on en dit mais par ce qui s’y fait», le mieux est encore d’en faire l’Expérience (oui oui, avec un grand E !). La scénographie, collective et foisonnante, propose cartographie, définitions, témoignages et retours d’expérimentation… sans oublier le name generator ! Si vous êtes en panne d’inspiration pour nommer votre tiers lieu, vous pouvez piocher dans ses lieux communs en combinant aléatoirement 2 termes. Allez, un peu d’autodérision, c’est tellement vrai !

Acte 3 – Mise à jour 4.0, enfin humains ?

Cette semaine c’est aussi et surtout la biennale to business, avec des rencontres et tables rondes organisées dans le cadre du forum design & innovation. Les professionnels (Rhône-Alpes, France, et aussi internationaux) y discutent espaces de travail, formes d’organisation, transformation numérique ou management 4.0. Mettons-nous à jour : après le 3.0 marqué par les outils digitaux et le matching dit «intelligent», le management 4.0 est celui du retour à l’humain (ouf !). C’est le règne de l’entreprise libérée, porteuse d’un projet senséet partagé. L’intérêt des RH se concentre sur le bien-être au travail, avec l’efficacité et l’efficience comme conséquence – et non l’inverse.

Acte 4 – Topiae, et moi et moi et moi ?!

Transition tout trouvée vers l’atelier que j’animais autour du projet Topiae – Comment valoriser son expertise et révéler la cohérence d’une carrière délinéarisée ? Les participantes (car oui, pas de messieurs à la manoeuvre !) se sentaient concernées pour diverses raisons : retour en freelance après une expérience de chef d’entreprise, reprise d’études, changement de pays… Ensemble, nous avons travaillé sur la modélisation de leurs projets et réseaux qualitatifs. Petit à petit, par irisation, des noeuds se sont révélés.  Outre quelques pistes de réflexion et d’affinage pour le projet, je retiens ces quelques notes :

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