Designe-moi un métier

Petit prince

Transformations technologiques, géopolitiques, culturelles ou environnementales… le monde du travail évolue avec les changements de la société, au point qu’il est difficile pour beaucoup d’envisager une carrière similaire à celle de ses parents. Nous exerçons des métiers qui n’existaient pas il y a 30 ans, et le Département d’État américain du travail estime même que 65 % des écoliers d’aujourd’hui pratiqueront, une fois diplômés, des professions qui n’ont pas encore été inventées.

Pour les designers et innovateurs de tous horizons, il est passionnant d’observer ces dynamiques, car elles sont révélatrices et annonciatrices de nouveaux modes de vie, entre malaises, tensions et aspirations. Mais, considérant le monde comme un projet permanent, les designers ne peuvent s’empêcher de passer à l’action. Au-delà même des métiers créatifs, c’est une véritable posture que de ‘designer’ son propre métier. Nous sommes nombreux à ne pas nous reconnaître dans les cases prévues par les structures professionnelles et administratives. Comment alors valoriser des compétences qui ne sont ordinairement pas formalisées ?

Dans une étude intitulée The shape of jobs to come, une équipe de futurologues du bureau d’études londonien Fast Future liste une centaine de métiers possibles à l’horizon 2030, des plus réalistes aux plus fantasques. Rencontrera t-on ainsi demain des ‘manipulateurs de climat’, des ‘psychologues des réseaux sociaux’, ou des ‘courtiers en connaissance’ ? Etayées par de fines observations sociétales, certaines pistes semblent probables et peuvent inspirer dès aujourd’hui les recherches d’emploi.

Dans une démarche prospective similaire, le groupe français des Propulseurs développe son Dico des métiers de demain, baptisés d’acronymes poétiques dont voici quelques perles :

‘Numéropathe’ (médecin spécialisé dans l’analyse et le soin des dommages liés au numérique)

‘Foulenceur’ (spécialiste de la finance participative)

‘Légisboteur’ (juriste spécialiste du droit des robots)

‘Toitaginier’ (jardinier urbain qui aménage de petits potagers de toits)

‘Fabarmeur’ (expert de la fabrication d’armes en impression 3D)

Qu’elles prêtent à sourire ou qu’elles donnent quelques frissons, ces visions ont surtout le mérite d’enrichir d’un peu d’affect l’étude des marchés de l’emploi. Le travail n’est plus aujourd’hui le tripalium latin synonyme de torture ! Il y a de la place pour l’esprit d’initiative, l’imagination et l’expérimentation. Alors, puisque c’est en nommant une chose qu’elle commence à exister, pourquoi ne pas suivre cette démarche de  s’approprier sa vie professionnelle et s’inventer de nouvelles perspectives ?

Philippe Fagot ‘arcenciologue’, Georges Lewi ‘mythologue’, Norbert Hillaire ‘archéologue de l’innovation’, ou encore Renaud Gaultier ‘plasticien de l’innovation’ ont choisi de designer leur métier pour faire comprendre et partager leur expertise. Et ça donne plutôt envie ! Quant à Laurence Vanhée, elle a transformé à son arrivée le service des ressources humaines de la Sécurité Sociale belge en… direction générale du bonheur. Cinq ans plus tard, le bien-être ressenti par les employés a fait un bond, et personne ne songe au retour d’un DRH classique.

Et si l’on se prêtait au jeu ? Connaissez-vous d’autres exemples inspirants ? Comment redesignereriez-vous votre propre métier ?

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