Petit tour dans les expositions à la 12e Biennale Internationale Design Saint-Étienne

Pour retrouver la Biennale Internationale Design Saint-Étienne, il a fallu attendre un peu plus de 2 ans, mais ça valait le coup ! Pour cette 12e édition, les expositions et évènements se sont déroulés sur 4 mois, du 6 avril au 31 juillet 2022, avec pour thème : “Bifurcations, choisir l’essentiel”. Quelques membres de notre équipe s’y sont déplacées pour divers évènements et vous livrent leur retour d’expérience.

Bien que la Biennale s’étende sur un large territoire de la métropole stéphanoise, Auvergne-Rhône-Alpes et au-delà, le cœur de cet événement reste tout de même la cité du design à Saint-Étienne. On y retrouve de grandes expositions abordant la thématique globale de la bifurcation avec différentes approches et initiatives portées par les designers, architectes, industriels ou encore les artistes.
Bifurquer grâce aux innovations, à la nature, aux initiatives personnelles ou avec les autres, chez soi et partout dans le monde, cette biennale a été conçue comme un parcours réflexif sur la manière de changer de direction et faire autrement. Les expositions nous embarquent dans un voyage entre passé, présent et futur, jalonné de “et si..?” qui nous donnent envie de bifurquer vers de nouveaux modes de vie, de consommation et de production, ou du moins de tirer les leçons des tentatives réussies ou échouées.

Auto-fiction

Le secteur du transport est probablement celui qui a le plus de défis à relever pour repenser nos modes de déplacement, tant cela influe sur tous les autres secteurs (immobilier, énergie, industrie…). Cette exposition donne à voir un panorama historique d’initiatives et d’œuvres critiques (ou élogieuses) du monde de l’automobile. Ce parcours très dense et assez didactique permet de saisir les évolutions potentielles vers un véhicule où la technologie est de plus en plus présente (avec ses dérives) ou vers un mode de déplacement avec une approche low tech et peu énergivores.
Deux œuvres particulièrement marquantes :
“Le véritable corps automobile” par Patricia Piccinini (2016) : L’artiste imagine un corps idéal construit à partir de l’automobile, en déformant des parties pour être résistant aux chocs et accidents.
This woman is not a car” par Margaret Dodd (1982) : une oeuvre filmique choc, où une femme finit par accoucher d’une voiture-scuplture, pour dénoncer l’imaginaire autour de la voiture dans le foyer australien des années 70 et la place de la femme à partir de l’usage qui est fait du véhicule du foyer.

At home

Dans cette exposition, une proposition de refocalisation sur la maison et les objets qui la constituent nous fait parcourir plusieurs époques et visions de designers qui ont pensé la notion de l’habiter. Ainsi, habiter peut se limiter à (presque uniquement) un vêtement-mobilier qui se déploie pour devenir un espace de couchage, tel que proposé dans le projet manifeste “Nomad Furniture/The folding place” par Studio Makkink & Bey (2014). Mais habiter, c’est aussi trouver un équilibre entre ses aspirations personnelles en s’appropriant son espace et vivre avec les autres en donnant place au collectif. Dans ce sens, le projet architectural “ADML Circle, Graft stations” par Michele De Lucchi, aborde les évolutions des habitations existantes par la métaphore de la greffe qui permet aux habitants de faire des extensions (au niveau des balcons par exemple).

Singulier Plurielles. Dans les Afriques contemporaines

Ce voyage dans différents pays d’Afrique à la découverte de projets mêlant innovations (technologiques, sociales…) et héritages culturels, nous (ré)apprend l’importance de l’ancrage territorial pour revisiter des pratiques naturellement adaptées à leur milieu. Ces approches, parfois technologiques mais parfois très frugales, permettent ainsi aux habitants de s’approprier les projets qui leur sont destinés et de mieux collaborer avec les concepteurs.

Finalement, le design est présenté non pas uniquement comme fournisseur de solution, sur la base d’une méthodologie bien huilée, mais comme plateforme pour faire converger des temporalités, des territoires, des cultures et des modes de pensées.

Contrairement aux lieux d’expositions, où il y a très peu d’interactivité avec les visiteurs, on peut voir en ville plusieurs propositions/prototypes de mobiliers urbains qui sont utilisés par les habitants. Par ailleurs, l’exposition au musée de la mine est un prétexte pour s’immerger dans cette histoire extractiviste de l’univers industriel, de presque revivre le parcours et l’expérience quotidienne d’un minier. Une bonne prise de conscience de ce qu’implique d’asservir autant les hommes que la planète à une promesse de confort et de prospérité.

Emna a eu l’occasion d’assister à une table ronde rassemblant designers et divers acteurs et actrices du monde rural lors d’une “anti-conférence pour célébrer la fin du designer élevé hors-sol”. Il était question de considérer les valeurs paysannes comme boussole face aux défis qui nous renvoient à des questions triviales (mais oh combien vitales !) de subsistance, de sécurité et de vivre ensemble. Pendant cette discussion, les intervenants ont insisté sur le fait que les tiers-lieux doivent être conçus et vécus comme activateurs du territoire et non comme oasis déconnectée des habitants. Le tiers-lieu La Martinière en est une initiative que l’on peut considérer comme exemplaire car l’ensemble des celles et ceux qui le font vivre continuent à tisser des liens avec le territoire local mais aussi avec d’autres acteurs, lieux et pratiques. En ce sens, il est à considérer comme une démarche globale et non simplement un lieu “contenant” des pratiques. à retenir également : l’importance du faire, et du faire ensemble pour faire advenir un commun et parfois même guérir certains maux. Par ailleurs, les leçons enseignées par des initiatives telles que celles de la compagnie de théâtre “le compost” confirment la nécessité d’un ancrage territorial au plus proche des gens. Cette échelle permet de penser les bifurcations par acupuncture, par micro structures, mais le défi de les mettre en réseau et avoir un impact global reste entier, et le design est attendu pour ce faire ! Replay de la conférence ici !