Weekend Design and Design Research à Cambridge

Les vendredi 21 et samedi 22 avril, deux évènements ont fait vibrer artistes, designers, architectes, informaticiens et chercheurs en sciences humaines à Cambridge. D’un côté la conférence Being Material, organisée au MIT par CAST (MIT Center for Art, Science & Technology) et de l’autre la célébration à Harvard  des 30 ans du program doctoral Doctor of Design (DDes) de la fameuse école de design et d’architecture, Graduate School of Design (GSD). Quelques impressions et inspirations de ces deux conférences plus bas. Et des photos ici.

Being Material : Lors de ces 2 journées proposant des sessions autour de 5 grandes thématiques (Programmable, Wearable, Audible, Livable, Invisible), les artistes et chercheurs invités ont exploré “la matière”, chacun dans son champ de recherche.

Nicholas Negroponte, fondateur du MediaLab a dans un premier temps retracé l’histoire de ce laboratoire, sorte de Salon des refusés du MIT qui s’est crée autour de chercheurs (Seymour Papert, grande personnalité dans le domaine de l’éducation et l’apprentissage de la programmation aux enfants, Muriel Cooper, première femme chercheuse du MediaLab et créatrice du fameux logo de MIT, …) qui par leur thématiques de recherche excentrique avaient de mal à s’intégrer dans les laboratoires scientifiques de MIT, dans le but faire une recherche exploratoire et appliquée sur des outils media et sur l’informatique qui venait de naître. N. Negroponte a annoncé dans un deuxième temps qu’après la révolution digitale qu’il avait prédite en 1995 avec son livre “Being digital”, l’avenir est réservé à la biotech.

 

La session Programmable, organisée par Skylar Tibbits (Assistant Professor, Department of Architecture et Co-Director, Self Assembly Lab) a  posé la question de l’émergence d’une nouvelle discipline lorsqu’on explore cette « matière » qui devient programmable. Parmi les invités, on retrouve Benjamin Fry et Casey Reas, les inventeurs du langage Processing, prolongement « multimédia » de Design by numbers, l’environnement de programmation graphique développé par John Maeda au Media Lab. Il s’agit d’un langage open source destiné aux artistes, designers graphiques etc. qui propose de comprendre la programmation dans un contexte visuel aussi simple que le dessin d’un croquis. Dans la même session Manu Prakash, Assistant Professor en bioingénierie à Stanford a montré comment d’autres outils tels qu’un ultra-low-cost microscope en papier, Foldscope (you can pre-order one here!) peut créer une communauté et donner la curiosité pour débuter dans la science. Ce petit microscope coute 1$ ! Enfin une belle présentation de Nadya Peek sur des machines qui fabriquent d’autres machines, son kit en valise ainsi qu’un kit DIY pour fabriquer sa propre imprimante 3D en carton à la maison !!! Plus d’information sur sa recherche ici (à lire aussi sa thèse de doctorat : Making machines that make !).

  

La session Wearable a proposé une riche discussion sur le corps et les nouvelles technologies. Hussein Chalayan y a présenté sa vision sur l’innovation dans l’industrie de la mode : des robes qui bougent, s’allument, interagissent avec l’environnement. Une discussion avec le public a élargi cette interrogation sur le corps une dimension plus large autour la représentation : pourquoi dans ses images on ne retrouve que des femmes blanches et maigres ? Question qui est restée sans réponse… Alors, doit-on rester dans l’imaginaire d’une fashion design classique ou peut-on aller plus loin en innovant ce domaine tellement normé ? Cette discussion s’est prolongée autour d’un échange très intéressant entre la biologiste, Christina Agapakis et Lucy McRae, écrivain, artiste, designer (elle avait déjà participé en 2006 au projet SKIN de Philips Probes avec l’iconique video dress). Ces deux femmes ont annoncé la naissance d’un nouveau mouvement, Feminist Technology et ont imaginé des scenarios spéculatifs sur les technologies wearable et sur qu’est-ce qu’un “être humain”. Par exemple l’utérus d’une femme enceinte peut-il être vu comme une « living 3D printing machine » ou encore un scénario où on ingère une pastille qui une fois digérée va changer un odeur de transpiration en odeur de parfum – (vidéo de ce future possible ici.). Du pur critical design comme on l’aime !

  

Enfin Natasha Schüll (chercheur en anthropologie et Associate Professor au Department of Media, Culture, and Communication, New York University) nous a fait une critique du mouvement Quantified Self en cataloguant les actions que ces capteurs peuvent mesurer lorsqu’ on marche, boit, mange, se tient droit etc. Elle propose de faire évoluer le débat sur la sécurité vers des questions d’identité et du pouvoir que ces objets exercent sur les gens. (Pour découvrir ses livres: Our Metrics, Ourselves et Tracking. Experience: Culture, Cognition, and the Common Sense.

DDes30 : à Harvard la session “Academic Leadership: The Future of Design Research” regroupent des PhD en design qui ont fini leur doctorat depuis plus de 10 ans et qui aujourd’hui sont directeurs d’écoles d’architecture et design partout dans le monde (Chine, Singapour, Chili et Etats Unis). Des présentations inspirantes (quelques slides ici) comme celle de Kongjian Yu DDes ’95 qui montre comment il a fondé une école de design inscrite dans la réalité locale en Chine et comment il a réussi a ressembler des maires et diplomates pour parler de l’importance du design, ou encore la présentation exceptionnelle faite par Pablo Allard MAUD ’99 sur l’école d’architecture UDD au Chili où l’enseignement passe par le faire vivre des expériences fortes aux étudiants, expériences qu’il appelle les “3 expériences détonantes” :

  • une première sur le « soi » : les étudiants en première année vont vivre 2 semaines, seuls dans la nature pour penser et se repenser,
  • Une deuxième où ils vont vivre une expérience sociale dans une village et travailler avec les gens pour améliorer leur quotidien
  • Et une troisième expérience professionnelle en dernière année : les étudiants vont s’intégrer une agence de design ou d’architecture et vont travailler avec des professionnels sur des projets concrets. L’impact de leur projet est mesuré dans une compétition locale.

Des idées inspirantes pour les personnes intéressées par le design de l’expérience !

  

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